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mercredi, 08 juillet 2009

Le drame du château Le Breton

Deux tigres ont tué Madeleine, la jeune fille qui les soignait, à la ménagerie de SAINT-PIERRE-DE-VARENGEVILLE.

Après avoir acquis en Janvier 1966 le Château LE BRETON, les frères GARRAUD, coiffeurs parisiens, en confient la gestion à leur oncle, René GARRAUD alias FRENSE, dompteur, en vue d'y installer un centre de dressage de fauves.
FRENSE dépose un dossier en Mairie en Mai 1966 : un bâtiment de 600m2 doit être édifié dans le parc, il comprend un bar-restaurant avec barbecue, hall d'accueil et piste de dressage où seront présentés des spectacles de fauves.
Le projet est audacieux, la réalité sera toute autre.
En fait, ce projet ne verra jamais le jour; seule une ménagerie, faite de dosses d'arbres et de matériaux disparates sera réalisée. Une fête eut lieu à l'automne 1966 pour "inaugurer" ces installations. Elle ne laissera pas un souvenir impérissable dans les mémoires, si l'on en croit la presse de l'époque: "Nous ne rappellerons pas ici les sentiments de déception qui avaient marqué l'an dernier l'ouverture officielle de ce centre, monté en dosse d'arbres sans, d'ailleurs, aucune précaution contre l'incendie: le spectacle annoncé alors à grand tapage s'était réduit à une très courte présentation que les quelques milliers de spectateurs attirés n'avaient du reste pour la plupart pas vu, compte tenu de l'inorganisation de cette manifestation".
Cette expérience devait être de courte durée et se terminer tragiquement le 27 Mai 1967. Madeleine MERLE, issue d'une famille poitevine, travaillait pour la famille GARRAUD depuis quelques années. Après avoir gardé les enfants de la famille, elle habitait le Château depuis l'été 1966 et s'occupait de l'entretien de la ménagerie. Madeleine MERLE avait la passion des animaux sauvages et aurait voulu être dompteuse. Que s'est-il passé ce Samedi 27 Mai 1967 ? D'après les témoignages et la presse, on peut résumer ainsi le drame. Madeleine MERLE est seule au Château, FRENSE est à Paris. Un témoin raconte: "Je suis passé vers 9 heures comme d'habitude, tout était normal. Je suis revenu dans l'après-midi et j'ai trouvé une porte de la ménagerie ouverte et les tigres en liberté à l'intérieur alors qu'ils auraient dû se trouver enfermés dans leur cage. J'ai couru au Château prévenir Madeleine et ne l'ai pas trouvée; c'est en revenant vers la ménagerie que j'ai vu son corps à terre et les tigres tournant autour ".
Aussitôt prévenus, les secours arrivent sur place. L'émoi est grand parmi la population Varengevillaise : "Ne dit-on pas que des lions se sont échappés et parcourent la campagne"? En attendant le retour de FRENSE, les pompiers inondent la ménagerie d'ammoniaque gazeux pour calmer les fauves.
Dès son retour de Paris, FRENSE entre dans le local, armé d'un seul bâton, après avoir déclaré aux sauveteurs: "Ne tirez pas dessus pour rien. Ce n'est pas parce qu'ils vont m'attaquer qu'ils vont me tuer. C'est mon travail à moi! " Un habitant de la commune, dont ce n'est pas la tâche habituelle (il nourrit les fauves), l'accompagne faisant preuve d'un sang froid étonnant. Après de longues minutes d'efforts, la grille d'une cage se referme sur SIMBAD et SIBIRE, les deux tigres.
Un médecin examine le corps dévêtu de Madeleine MERLE: un coup d'incisives broyant le maxillaire gauche, sectionnant le bulbe rachidien et un léger coup de griffe au pied droit. Pourquoi les tigres étaient-ils en liberté? Pourquoi le corps était-il dévêtu? Une des grilles des cages était restée ouverte, maintenue par la manille qui assurait habituellement sa fermeture. Madeleine MERLE avait-elle oublié de les refermer? Fit-elle trop confiance à de jeunes tigres de 18 mois? On ne le saura jamais. Par contre, l'on sait que FRENSE préparait un numéro pour LAS VEGAS dans lequel le tigre devait déshabiller la dompteuse. Le 27 Mai 1966, une jeune fille de 21 ans est morte d'avoir trop aimé ces bêtes aussi dangereuses qu'elIes peuvent être belles. A la suite de ce drame, FRENSE quitta la région et le Château fut mis en vente.
Il est désormais propriété de la MATMUT qui ya installé des bureaux.

Jean-Pierre HERVIEUX
Article réalisé grâce à des articles de presse de l'époque (PARIS-NORMANDIE et LIBERTE DIMANCHE) et aux récits de témoins du drame

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